• La Grèce, premier protectorat d’un Empire européen en faillite ?

    La Grèce, premier protectorat d’un Empire européen en faillite ?

    source :

    http://www.solidariteetprogres.org/article6288.html 

     

     

    2 février 2010 (Nouvelle Solidarité) — Suite aux renflouements sans condition des banques spéculatives avec les deniers publics des contribuables, c’est aujourd’hui la solvabilité de plusieurs Etats qui apparaît mise en cause dans la zone euro. Autrefois présentés comme les membres du « Club Med », certains pays se retrouvent désormais désignés par la finance anglo-saxonne comme des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne). Or, comme chacun sait, un PIG (porc) ne devient réellement utile que suite à son passage à l’abattoir.

    Et, c’est bien d’abattage qu’il s’agit. Pressé de régler la facture des pays « faibles », les pays européens « forts », au lieu de remettre en cause la règle du jeu, en deviennent les bourreaux. Grand oracle de la finance mondialisée, l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard -ami intime du principal conseiller d’Obama, le comportementaliste Larry Summers- exige la livre de chair que réclamait Shylock dans le Marchand de Venise de Shakespeare. Pour Blanchard, les difficultés de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce « impliquent des ajustements très pénibles (…) Le rétablissement de leur compétitivité peut nécessiter de lourds sacrifices, comme une baisse des salaires ».

    Papandréou, le premier ministre socialiste grec annonce qu’il procédera à un véritable hara kiri national : baisse du salaire des fonctionnaires, réduction de la dépense publique, hausses d’impôts. Mais il sait qu’il aura du mal à convaincre : « Notre principal déficit, c’est la crédibilité, pas la finance », dit-il désespéré.

    Cet acharnement révèle plusieurs vérités.

    — D’abord, comme le rapporte une lettre à la rédaction du quotidien britannique The Guardian, la dette grecque est loin d’être la pire de la zone euro. Si l’on considère le taux de croissance de la dette par rapport au PIB entre 2007 et 2011, on anticipe 39,8 %. Ce taux sera de 44 % pour le Royaume Uni, 71,1 % pour l’Irlande et 37,9 % pour l’Espagne. Si l’on additionne la dette publique et la dette privée, elle représente 179 % du PIB de la Grèce. Alors que la moyenne européenne est de 175 %, cette dette totale s’élève à 219 % en Belgique, à 222 % en Irlande, 194 % en Italie, 234 % au Pays-Bas, 197 % au Portugal et 207 % en Espagne. Tous ont donc une dette plus importante que la Grèce. Parlant à Davos, l’économiste Nouriel Roubini a également replacé le cas grec dans un cadre plus général. Sur la liste des victimes potentielles d’une faillite d’Etat, il n’hésite pas à mettre « L’Espagne, le Royaume-Uni, le Japon, les Etats-Unis… »

    — D’ailleurs, la « vraie grosse crise qui se profile à l’horizon, n’est pas celle de la Grèce, mais celle de l’Espagne » affirme Lyndon LaRouche. L’Espagne n’est pas un pays exotique, mais au sein de l’Europe. Et la crise bancaire et immobilière espagnole « touche de plein fouet les Britanniques par la position de la Royal Bank of Scotland (RBS) ». Une faillite d’Etat en Espagne, pays qui « pèse » quatre fois le poids économique de la Grèce, aurait des implications énormes. On y envisage de reculer l’âge de la retraite de 65 à 67 ans. Alors que le taux de chômage atteint 20 % et même 45 à 50 % chez les jeunes, le ministre des Finances espagnol annonce qu’il compte réduire le déficit budgétaire, actuellement à 11,4 % du PIB, à 3 % d’ici 2013.

    — Royal Bank of Scotland, la plus grande société au monde en termes d’actifs, gérée par des proches de la Couronne, forme depuis des lustres une « alliance stratégique » avec la première banque d’Espagne, Banco Santander, par ailleurs douzième banque du monde en capitalisation boursière (90 millions de clients) et la plus grande banque de la zone euro.

    Basé à Edimbourg, le Royal Bank of Scotland Group, un holding financier britannique public est l’actionnaire majoritaire de RBS. Santander s’est toujours montré prêt à venir au secours d’une perle qui tombe de la Couronne britannique, notamment lors de la tempête des subprimes. Ainsi, Santander a sauvée plusieurs banques britanniques malmenées. Après Coutts & Co (en 2000), les banquiers de la Reine Elisabeth II, Santander a sauvé Abbey (2004) et plus récemment Alliance & Leicester (2008) et Bradford & Bingley (septembre 2008). Aujourd’hui, Santander pourrait une fois de plus faire un geste en achetant les quelque trois cent agences bancaires dont RBS veut se débarrasser pour améliorer son bilan.

    Si Santander est parfois présenté comme un des grands vainqueurs de la crise, l’éclatement de la bulle immobilière espagnole ferait voler en éclats cette belle illusion. Déjà, la crise financière de 2008 a provoqué une chute des actions de RBS de 88,40 % à la bourse en raison des actifs toxiques qu’elle détenait sous forme de Credit Default Swaps (CDS).

    En réalité, la Grèce sera « fusillée pour l’exemple » et son cas offre l’occasion rêvée à la Commission européenne pour mettre en place des structures de régulation dotées de pouvoirs supranationaux utilisables ultérieurement contre les autres membres de l’UE réduits à des simples protectorats. Ce qui arrive à la Grèce nous pend au nez : sa mise sous tutelle par la Commission européenne annonce la soumission de toute l’Europe aux ogres voraces de l’Empire britannique.


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