• Imposteur ! L’homme qui faisait semblant de combattre l’insécurité Comment Sarkozy prend la police en otage de sa com’

    Imposteur ! L’homme qui faisait semblant de combattre l’insécurité 
    Comment Sarkozy prend la police en otage de sa com’

     source: http://www.alterinfo.net/Imposteur-!-L-homme-qui-faisait-semblant-de-combattre-l-insecurite_a41188.html

    Olivier Bonnet
    Vendredi 8 Janvier 2010

    A qui profite l’insécurité titrait Libération à la suite des événements de la gare du nord en mars 2007. Une question qu’il est toujours pertinent de se poser, tant ce thème surgit comme par miracle chaque fois que s’annonce une campagne électorale. La réponse tombe sous le sens : la problématique de l’insécurité fait le miel de l’UMP et du Front national. Avec une différence : pour le FN, ne pas exercer de responsabilité rend la posture commode. Bien différente est la situation du parti au pouvoir, forcé de résoudre la contradiction suivante : comment mettre en avant l’insécurité et se poser en champion sur ce sujet, sans être comptable du fait que le problème soit toujours aussi prédominant dans le discours alors même qu’on prétend le combattre depuis... 2002, date de l’arrivée du futur agité de l’Elysée au ministère de l’Intérieur ? Voilà nos UMPistes contraints à de spectaculaires contorsions : agiter l’épouvantail de la délinquance, le faire gonfler jusqu’à créer la psychose, tout en minorant son importance pour cacher leur échec. Alors ils montent en épingle l’insécurité - avec l’aide des grands médias au sein desquels les faits divers occupent une place jamais vue - pour promettre de la combattre de façon impitoyable, avec les attitudes de matamore coutumières à l’homme du "nettoyage de la racaille au karcher". Il faut effrayer les Français et se poser en rempart. Mais pour être crédibles dans ce rôle, ils minimisent la hausse de la criminalité en faisant valoir les soi-disants succès déjà remportés dans ce domaine. Mais si les atteintes aux biens ont effectivement diminué, comment prétendre que cette lutte est efficace alors que ne cesse de s’aggraver la violence à l’encontre des personnes* ? La réponse miracle tient en trois mots : "faire du chiffre".


    On le savait, mais c’est plus clair documents à l’appui. Libération raconte : "D’ordinaire, ces consignes-là ne s’écrivent pas. Elles circulent à l’oral, pour pousser les policiers à remplir des objectifs chiffrés, assignés par leur hiérarchie. Pour une fois, un gradé lyonnais a commis l’imprudence de les écrire. Sur la main courante d’une unité du Service d’ordre public et de sécurité de Lyon, il indique que les interpellations sont « en forte baisse » en novembre, par rapport à l’année 2008. Tout le monde doit « s’investir au maximum » pour « limiter la baisse des chiffres », et ne pas « subir le mécontentement et les conséquences négatives de la part du haut commandement ». Un policier excédé a photocopié la page, que Libération s’est procurée. En quelques lignes, voilà résumé ce que les policiers dénoncent depuis quelques années : une politique du chiffre qui les met sous pression, dévoie leur mission, et conduit à une accumulation d’absurdités et d’effets pervers." L’article donne plusieurs exemples des conséquences aberrantes de ces consignes : "s’il faut regonfler un peu les chiffres, des agents s’en vont contrôler des prostituées dans un quartier où elles se regroupent. En une poignée d’heures, grâce au racolage passif, la courbe des interpellations remonte. Cela rassure les chefs, exposés aux foudres de la place Beauvau. En matière de stupéfiants, certains policiers affirment que cela conduit à préférer les interpellations de fumeurs de joints aux démantèlements de trafics, plus longs et moins rentables statistiquement. (...) "aller faire quelques barrettes, pour compenser, faire monter les chiffres. Ce n’est pas difficile, tout le monde sait faire : vous attrapez le premier rasta et vous avez des chances de tomber sur une boulette" (explique Jean-Paul Borrelly, secrétaire régional d’Alliance, syndicat de gardiens de la paix pourtant proche du gouvernement, NdA). Un fait constaté égale alors un fait élucidé. Ce n’est pas très glorieux, mais très bon pour les chiffres. Dans certains services, des ratios d’étrangers en situation irrégulière (ESI) sont également fixés, avec un nombre d’arrestations à atteindre indexé sur les effectifs policiers. Des primes tombent lorsque les policiers ont attrapé assez « d’ESI ». Mais les priorités s’estompent. La nécessité de démanteler les filières de passeurs, brandie lorsqu’il s’agit de défendre la lutte contre l’immigration clandestine, s’efface au profit d’interpellations de sans-papiers.(...) En matière de contravention, les enjeux sont moins lourds, mais le management semblable. « On dit au policier d’aller faire trois feux rouges, deux ceintures et un téléphone portable. Mais nous ne sommes pas là pour faire rentrer du pognon dans les caisses de l’Etat", dénonce Jean-Paul Borrelly". Un autre article de Libé livre une deuxième preuve de cette obligation imposée aux policiers de faire du chiffre : "A Châlons-en-Champagne, le 15 janvier 2009, le « chef de l’unité de sécurité de proximité » détaillait les « objectifs chiffrés en matière de voie publique pour l’année 2009 » sur une note de service de quatre pages que Libérations’est procurée. Le capitaine de police y fixe des quotas à atteindre. « Chaque brigade de roulement de jour devra à minima procéder à 65 interpellations hors IPM (ivresse publique et manifeste, ndlr) et délits routiers, à 10 interpellations de personnes faisant l’objet de fiches de recherches, établir 230 TA (timbres-amende, ndlr) pour des infractions au code de la route hors stationnement et 75 TA pour comportement dangereux », etc." Le quotidien oublie un troisième exemple relevé par laLDH Toulon sur le site d’Europe 1, concernant le commissariat divisionnaire centre de Marseille.

    Résumons : plutôt que de lutter vraiment contre la délinquance, on oblige les policiers à concentrer leurs efforts sur les fumeurs de shit, les prostituées, les étrangers en situation irrégulière et les contrevenants au code de la route ! Sans compter que "La dictature du chiffre conduit aussi à dissuader parfois les citoyens de porter plainte". Cachez ce délit que je ne saurais voir... Et dans le même temps, on diminue le nombre de policiers et les moyens qui leur sont alloués, au nom des sacro-saintes économies imposées par cette saloperie de la Révision générale des politiques publiques, cette machine à détruire l’Etat pour faire place nette au secteur privé. Alors, forcément, ces policiers qu’on prend en otage de la com’ présidentielle, sommés de faire du chiffre aveuglément au lieu de faire leur travail et de protéger les citoyens, ne décolèrent plus. "Les officiers du Snop dénoncent « ces arrestations à la chaîne de fumeurs de shit, de porteurs d’Opinel, de prostituées et de clandestins pour faire du chiffre et booster le taux d’élucidation des affaires ». Pourtant, les vols de sacs à main, de voitures ou les cambriolages, ces délits dits de « proximité » qui empoisonnent les gens, ne sont pas plus élucidés. La police n’arrête pas plus d’un voleur sur sept", écrit encore Libé. Joli résultat pour celui qui se veut le chantre de





     la sécurité ! "Les gardiens de la paix en ont ras-le-bol de la politique du chiffre devenue la religion du chiffre, tempête Yannick Danio, délégué national du premier syndicat de gardiens de la paix Union SGP-Unité Police, toujours dans Libé. On ne parle plus qu’en chiffres. On leur fait faire n’importe quoi. On leur demande d’arrêter cinq consommateurs de joints parce que ça fait cinq délits constatés mais aussi cinq faits élucidés. C’est plus facile que d’interpeller un revendeur de drogue qui va compter pour une seule affaire dans les statistiques. En matière de circulation routière, il faut interpeller et sanctionner à tout va, ce qui est mal vécu par les automobilistes et provoque des incidents. Du coup, d’après un sondage sur les Français et la fonction publique, 76% des gens se plaignent de la police nationale. Le gardien de la paix a perdu son libre arbitre. A l’école de police, les formateurs nous apprenaient que le gardien de la paix était le seul juge sur la voie publique, qu’il pouvait verbaliser, admonester mais aussi moduler, passer l’éponge. Aujourd’hui, on le pousse toujours à punir. Les instructions chiffrées du ministre de l’Intérieur sont relayées au niveau local par des cheffaillons qui exigent tant de contrôles, fixent des quotas de contraventions et d’interpellations. A Calais en 2008, il y a eu 35 000 vérifications d’identité d’étrangers suspectés de situation irrégulière dont 26 000 placés en garde à vue pour un nombre infime de reconduites à la frontière. Cela signifie qu’on contrôle et on ramène plusieurs fois les mêmes personnes au poste. Il y a plusieurs cas de dépressions nerveuses dans la police aux frontières de Calais. En France, on déplore toujours 40 à 50 suicides de policiers par an." Que dit ce syndicaliste de la "réforme de l’Etat" que nous évoquions plus haut ? "Avec la révision générale des politiques publiques, la RGPP, en 2010 on va perdre 2018 postes de policiers. On atteint 600 000 gardes à vue par an, incidence de la politique du chiffre, mais 18 millions d’heures supplémentaires pour les gradés et gardiens sont en attente de règlement. Dans sa note du 9 octobre, Brice Hortefeux exige de « faire reculer l’insécurité routière » mais 200 postes deCRS motocyclistes dont c’était la mission ont été supprimés en 2009. Il n’y a eu aucun concours de recrutement pour les écoles de gardiens de la paix en 2009, et huit centres de formation ont été fermés. Nous avons manifesté hier à Marseille car la police d’agglomération entraîne la fermeture du commissariat de Briançon et apporte 102 000 habitants supplémentaires sur le grand Marseille avec un déficit de 350 policiers." La fin de l’entretien concerne les banlieues, emblématiques de la politique sécuritaire sarkozyste : "On envoie lesCRS pour endiguer le phénomène des violences urbaines en banlieue mais on leur demande de ne pas entrer dans les cités de peur que cela mette de l’huile sur le feu. Les CRS ont pour consigne de contrôler les voitures à proximité. Les zones sensibles ne nous sont pas du tout favorables. Avant, l’« hirondelle », l’îlotier ou le « proximité » connaissait son quartier et il n’y avait pas besoin de citoyens volontaires, ces « vigiles au rabais », pour faire régner la paix. Nous allons payer la suppression de la police de proximité pendant des années. Maintenant, on a un tel fossé, plutôt un ravin, entre la police et la population, qu’il nous est difficile d’intervenir dans les cités sensibles sans générer de violences. Nous avons quand même plus de 10 000 policiers blessés chaque année".

    Voilà ainsi comment fonctionne Sarkozy. Il annonçait le 20 avril dernier : "J’ai décidé d’engager une lutte sans merci contre les voyous et les délinquants". On a envie de lui taper sur l’épaule secouée de tics pour lui dire : "hé coco, qu’est-ce que tu faisais depuis 2002 ? Tu leur disais merci ?" Aujourd’hui, il remet le couvert sur les "bandes violentes" : "Nous allons nous occuper de ces bandes cette année. Nous devons repenser notre politique en ce domaine et adopter des mesures sévères pour combattre la possession et l’utilisation d’armes à feu par des voyous (... ) Le projet de loi anti-bandes sera voté par le Parlement dans les jours prochains", fanfaronnait-il le 1er janvier. Juan de Sarkofrance dévoile toute l’imposture dans un billet magistral : "Les « bandes » sont un sujet rituel d’excitation présidentielle. Le 30 juin dernier, l’Assemblée Nationale avait adopté une proposition de loi du ministre de l’Industrie et maire UMP de Nice, Christian Estrosi. Six mois plus tard, on attend toujours l’avis du Sénat. En juin dernier, nous rappelions déjà que l’article 431-5 du code pénal punit déjà de trois à cinq ans d’emprisonnement et de 45 à 75 000 euros d’amende le fait de participer à un attroupement en étant porteur d’une arme. Qu’importe ! Sarkozy avait besoin d’un nouveau texte, dont ses parlementaires n’ont même pas réussi à voter l’application depuis six mois... Un comble ! Il y a près d’un an, en mars 2009, le Monarque élyséen s’était déplacé à Gagny pour dévoiler un plan contre les bandes. Les élections européennes approchaient. Il annonçait 16 mesures avec, entre autres, la création d’un fichier dédié aux violences urbaines et au phénomène de bandes, la création de 100 nouvelles unités territoriales de quartier, et la mise en œuvre d’une « police d’agglomération avec un état-major à l’échelle des agglomérations », chargée de coordonner la collecte du renseignement et l’action de la police. Et également la création de 23 nouvelles compagnies de sécurisation (des policiers en civil), pour les zones dites sensibles. 
    Le président français s’est également auto-congratulé : « C’est la septième année consécutive que les statistiques de la délinquance générale sont en baisse ». Depuis 2002, Sarkozy se réfugie derrière les statistiques générales, qui mêlent atteintes aux biens et violences faites aux personnes, pour masquer son échec à endiguer les violences physiques depuis 2003, malgré une boulimie législative sans précédent sur le sujet (cf. graphique).
    Par ailleurs, on attend toujours les résultats de l’enquête interne, si elle a eu lieu, relative aux incidents du 1er mai 2009 à Paris. Le Canard Enchaîné avait révélé qu’une trentaine de provocateurs violents faisaient en fait partie de la police, de l’une des compagnies de sécurisation mises en place par Nicolas Sarkozy en 2005."


    Dormez tranquille, braves gens, Sarkozy veille sur votre sécurité... Y’a-t-il encore des abrutis pour le croire ?


    * 443 671 actes recensés en 2008, soit 14% de plus qu’en 2003.


    Relire sur plumedepresse Sarkozy, multirécidiviste du racolage (avril 2009) et Police : le grand écart de Sarkozy (juin 2009).


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    Rappel: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-manifestations-le-malaise-l-51258 

    un article sur les derives et videos à l'appuies...deja en fevrier 2009, un article que je postais

     

    Nervyoko

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